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Interview de recruteur : Jean-Paul KOVALESKY, pdg de Vibratec

Vibratec réalise des diagnostics ou des aides à la conception pour des industriels. Cette PME spécialiste de la dynamique des structures et des phénomènes acoustiques et vibratoires, a également la particularité d'employer et de recruter des docteurs. Nous avons longuement échangé avec son pdg, Jean-paul Kovalesky. l'ABG vous livre cet entretien.

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Les docteurs chez Vibratec : profils et recrutement

Docteurs et PME au rayonnement international : une rencontre gagnant - gagnant

Conclusion


Présentez-vous et votre parcours

Je suis ingénieur diplômé de l’Ecole Polytechnique de Paris, avec une spécialisation en génie chimique  acquise à l’IFP School (Institut Français du Pétrole). J’ai ensuite fait une carrière dans l’industrie chimique au sein du groupe Rhône Poulenc, où j’ai occupé tous les postes techniques en ingénierie ou en usine : d’ingénieur d’étude à directeur de filiale industrielle, en passant par chef de chantier. Pendant 8 ans, j’ai été directeur industriel de Kerneos (1500 personnes) leader mondial dans certains produits minéraux. Mon rôle était de coordonner l’activité des 12 usines implantées de par le monde. Un métier passionnant qui m’a donné le goût de l’international et qui m’a enseigné comment faire travailler ensemble des équipes ayant des cultures totalement différentes. Enfin, il y a 11 ans, j’ai repris la société Vibratec (aujourd’hui 120 salariés) : une société spécialiste de la dynamique des structures et des phénomènes acoustiques et vibratoires. Ma carrière est donc une carrière d’ingénieur très technique, guidée par la question « Comment allier la connaissance physique, chimique, mécanique, électromagnétique, avec l’objectif d’un système ? ».

Les docteurs chez Vibratec : profils et recrutement

  • Quelle est la proportion des docteurs au sein des équipes de Vibratec ?

En ce moment (août 2019), Vibratec compte 18 docteurs, soit 15% de nos effectifs. Nous sommes une société de recherche, il est donc logique que nous comptions une forte proportion de docteurs. En outre, il s’agit d’une volonté de ma part, car je considère que les docteurs ont un apport à l’entreprise significativement différent des Masters et des ingénieurs.

  • Quels types de profils recrutez-vous ? En quoi l’expérience de recherche est-elle utile à Vibratec ?

Il s’agit de docteurs, experts dans divers champs techniques et disciplinaires :

  • mécanique ;
  • traitement du signal ;
  • calcul / simulation ;
  • essais / mesures / instrumentation.

Imaginez un doctorant qui a développé une nouvelle méthode de simulation acoustique. Il parvient en fin de doctorat à effectuer la modélisation d’un cube. Je le recrute à Vibratec avec le défi d’utiliser sa méthode afin de modéliser une voiture, qui représente 5 millions de cubes. Pour moi, l’enjeu du recrutement de docteurs est d’aller chercher des expertises et des méthodes uniques à l’échelle du monde, de transformer ces expertises scientifiques de pointe en outils, afin de résoudre les problématiques industrielles concrètes de mes clients. 

  • Comment sourcez-vous ces profils de docteurs ?

Chez Vibratec, nous recrutons en moyenne 2 ou 3 docteurs par an, ce qui, pour une société de 120 salariés, est relativement important. Ils sont recrutés suivant des critères d’expertise disciplinaire, au sein de notre réseau scientifique universitaire. Ce dernier se compose :

  • des laboratoires avec lesquels nous avons travaillé ;
     
  • des docteurs que nous rencontrons lors des congrès scientifiques auxquels nous participons.

En effet, à Vibratec, nous menons des projets collaboratifs, français et européens, qui font intervenir des consortia composés :

  • d’un (ou plusieurs) de nos clients ;
     
  • de sociétés de recherche sous contrats privées ;
     
  • ainsi que de laboratoires. 

Dans la moitié des cas, nous sommes à l’origine du consortium et pilotons le projet. Nous sommes ainsi amenés régulièrement à développer notre réseau de laboratoires académiques qui œuvrent sur des thématiques connexes aux nôtres, et qui sont de fait susceptibles d’être des partenaires intéressants. Par conséquent, les docteurs que nous recrutons font partie de l’entourage plus ou moins proche de Vibratec :

  • soit parce qu’ils ont fait une thèse Cifre (nous accueillons un doctorant en Cifre par an) ;
     
  • soit parce qu’ils ont mené des recherches (doctorat ou un postdoctorat) dans un laboratoire avec lequel nous collaborons régulièrement.
  • Un prévisionnel de recrutement pour cette année ?

Nous envisageons de recruter un doctorant Cifre par an. Il s’agit d’un bon outil qui permet à l’entreprise d’être motrice dans le choix du laboratoire, du sujet et du candidat. Une thèse Cifre réussie correspond à la bonne imbrication de ces trois éléments.

Les multiples projets collaboratifs que nous avons avec les laboratoires universitaires nous permettent de recruter les docteurs dans notre réseau, ou dans notre écosystème.

Docteurs et PME au rayonnement international : la rencontre gagnant-gagnant 

  • D’après-vous, qu’est-ce qui intéresse les docteurs chez Vibratec ?

Les docteurs que nous accueillons souhaitent tout d’abord faire de la recherche hors des établissements de recherche publique et des laboratoires universitaires. Ils souhaitent faire de l’industrialisation de méthodes scientifiques de haut niveau une étape significative de leur carrière. Ils veulent faire du concret, et ils veulent le faire longtemps !

Ce que propose Vibratec à certains candidats est assez rare, puisqu’il s’agit d’opportunités qui s’inscrivent dans la durée. Nous proposons de passer 10 ou 15 ans à mener des projets, à développer des compétences et élargir l’éventail des machines et des problématiques maîtrisées, pour être ensuite recruté par un client, en tant qu’expert. En d’autres termes, ces docteurs sont dans une progression technique reconnue par l’ensemble de nos clients, qui sont les grands de la mécanique, à l’échelle européenne.

Il arrive que de jeunes docteurs arrivent en entreprise, avec pour objectif d’obtenir un poste de manager 5 ans après leur embauche. Cela n’est pas le projet que propose Vibratec.

Comme je le disais, en général, les personnes que nous auditionnons gravitent déjà autour de nous. Je m’assure donc qu’ils ont bien compris la proposition qui est la nôtre, à savoir que nous sommes dans une sorte d’entre-deux, où d’un côté nos neurones sont fortement secoués puisque nous nous attaquons à des problématiques complexes, et de l’autre, nous avons le plaisir de l’ingénieur – ou du technicien – de pouvoir apprécier le résultat visible de notre démarche technique.

  • De votre point de vue de recruteur, quels sont les points forts des docteurs ?

Plusieurs éléments sont caractéristiques des profils de docteurs :

  • confrontés à un problème, ils ont le réflexe de la bibliographie. Autrement dit, ils s’interrogent sur les différentes manières suivant lesquelles le problème a été posé par leurs prédécesseurs ;
     
  • la formation doctorale leur enseigne également d’aller au bout des sujets. Par opposition à un ingénieur junior (qui dispose comme bagage d’un stage ingénieur ou de Master 2 – avec un sujet simplifié, et des résultats non définitifs), le docteur étudie son sujet du début à la fin, avant d’être évalué par un jury qui constate que la question a été bien traitée. Le docteur sait ce que « faire le tour d’un sujet » signifie ;
     
  • un docteur a nécessairement publié un ou plusieurs articles scientifiques, dans des revues à comité de lecture, dont les règles de publication sont draconiennes. Il a ainsi appris à présenter un sujet technique à un profane. C’est un savoir faire propre aux docteurs, et extrêmement utile en entreprise. Les docteurs sont bien souvent plus pédagogues que les Bac + 5 ;
     
  • un docteur sait ce qu’est un réseau. On ne fait pas une thèse sans avoir un réseau entre plusieurs labos. Un doctorant n’est pas seul. Il collabore avec d’autres chercheurs de son laboratoire, mais aussi avec les chercheurs d’autres laboratoires, parfois à l’international.
  • Les collaborations public-privé et la propriété intellectuelle ?

En ce moment (août 2019), Vibratec mène 14 projets collaboratifs en parallèle, avec 20 laboratoires. La moitié d’entre eux sont issus de projets européens. Pour chaque collaboration, nous allons chercher le laboratoire qui va aider à résoudre une problématique de méthode, d’instrumentation, ou qui sera porteur d’une nouvelle démarche innovante.

Nous avons développé la compréhension des besoins des laboratoires. En effet, ces derniers ont un besoin crucial de données industrielles, or il leur est difficile de travailler sur des données industrielles brutes. Pour reprendre l’exemple de la modélisation de la voiture en cubes, si je fournis à un laboratoire la cartographie acoustique d’une voiture ou d’un train, il ne pourra pas l’exploiter. Il est nécessaire de retranscrire les données.

Une autre de leurs difficultés réside dans le conflit entre la nécessité de publier et les impératifs liés au secret industriel. Dans un projet collaboratif portant sur un produit en cours de conception (un train, un tramway, une voiture, une turbine…) encadré par des accords de confidentialité stricts, le rôle du docteur au sein de Vibratec sera de fournir des données, après ce travail de retranscription, telles qu’elles sont nécessaires au laboratoire pour faire progresser les méthodes.

Concernant cette question de la propriété industrielle, il est plus complexe de collaborer avec des grands groupes. Ces derniers disposent d’un niveau de compétence juridique supérieur à celui des PME qui ne disposent pas de juristes aussi pointus.

  • Vibratec et la mobilité ?

Il est évident que les docteurs chez Vibratec peuvent être amenés à se déplacer plusieurs semaines n’importe où dans le monde, chez un client. C’est l’occasion de découvrir des mondes différents, des cultures industrielles différentes, au sein de pays différents. Il s’agit d’une mobilité sur de courtes durées, mais qui intellectuellement est très importante.

Je suis toujours très surpris lorsque je me trouve confronté à un Master 2, ou un ingénieur, qui n’a pas passé au moins 6 mois dans un pays non francophone. Effectuer une carrière scientifique, technique, de haut niveau, sans avoir jamais vu autre chose que le petit monde franco-français (voire dans certains cas, régional…) me semble compliqué. Aujourd’hui, le monde industriel est a minima européen, voire mondial. Ne jamais s’être confronté pendant un temps significatif à une autre culture industrielle, me paraît dommageable pour un master 2 ou pour un ingénieur. C’est encore davantage le cas pour un docteur.

Au-delà des aspects interculturels et de l’apprentissage d’une ou plusieurs langues étrangères, il est capital de comprendre qu’en milieu industriel, il existe plusieurs manières de raisonner et qu’un des leviers de l’innovation réside dans la capacité à comprendre et à tirer avantage de cette richesse.

 

Conclusion

Je suis navré de constater que des docteurs sont sans emploi, 6 mois, 1 an après leur soutenance. Le doctorat est une formation extrêmement riche, et voir un docteur uniquement à travers le prisme de son sujet de thèse est vraiment réducteur. Quelle que soit sa discipline, le docteur développe de grandes qualités (techniques et au-delà) et il est dommage que des entreprises ne les repèrent pas et ne les jugent pas enrichissantes pour leurs équipes. L’ABG porte fort bien ce discours. J’apprécie ses actions, plus que jamais nécessaires pour promouvoir nos docteurs, leurs compétences et leur valeur qui sont, à l’échelle mondiale, d’un excellent niveau.

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