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Herr oder Frau Doktor

Falk Bretschneider, Docteur en histoire, Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales

En Allemagne, où il n’y a pas de grandes écoles, la formation des élites passe essentiellement par la formation doctorale. Du coup, entre 24.000 et 26.000 thèses y sont soutenues par an. Quelles sont les conditions de la formation doctorale outre-Rhin, et comment les jeunes doctorants s’insèrent-ils dans le marché du travail ?

Tout d’abord : le titre de « Doktor » a une forte valeur sociale en Allemagne. Il fait partie du nom et figure sur toutes les pièces d’identité. Pour des positions élevées dans le monde socio-économique, il est pratiquement indispensable – non pas tellement pour la compétence qu’il certifie, mais pour la renommée et le sérieux qu’il confère. Cependant, si ce titre a su garder sa valeur sociale, ses conditions d’obtention ont peu évolué jusqu’à récemment. En effet, la formation doctorale demeure une prérogative des universités – ce qui exclue en grande partie les diplômés des Fachhochschulen, établissements d’enseignement supérieur à vocation majoritairement technique ou appliquée et dont les cursus sont davantage orientés vers le monde socio-économique. Dû au fait que l’enseignement supérieur dépend presque exclusivement des Länder, l’Allemagne n’a pas non plus une législation spécifique au statut de doctorant. C’est pourquoi une thèse reste encore très souvent une affaire entre un thésard et son directeur.

Des vieux jeunes docteurs
D’où un certain nombre de problèmes :. Si, d’une certaine manière, en Allemagne, il est facile de devenir doctorant, il n’est pas du tout aisé de devenir docteur. Le riche paysage des fondations offre aux jeunes thésards de nombreuses possibilités de financement. Mais, si l’on regarde vers la fin de la thèse, la situation est peu satisfaisante. Selon des estimations, le taux de soutenance varierait entre 69% en chimie et 9% en droit ou économie. En outre, la durée moyenne d’une thèse s’échelonne entre quatre (mathématique) et sept ans (sciences humaines et sociales). Lors de la soutenance, le jeune docteur a souvent la trentaine bien entamée – un âge considéré comme trop élevé notamment par les recruteurs du secteur privé.
Ces problèmes ont été imputés, en grande partie, aux insuffisances de l’encadrement des jeunes chercheurs. D’où, dès les années 1980, une multiplication d’initiatives pour réformer la formation doctorale, renforcer le caractère interdisciplinaire du travail de thèse, permettre un passage rapide à la soutenance et faciliter une insertion dans un champ professionnel dépassant la seule carrière universitaire. De multiples acteurs – de la Deutsche Forschungsgemeinschaft (DFG) aux universités – visent ainsi un renouveau de la formation des jeunes docteurs. En font partie également les Collèges doctoraux binationaux de l’Université franco-allemande.

Bienvenue dans le privé
Malheureusement, on ne sait pas grand-chose sur le devenir professionnel des jeunes docteurs. Une étude publiée en 2001 montre que les jeunes docteurs allemands ont généralement de bonnes chances de s’intégrer. Ce constat mérite cependant d’être nuancé. Premier point : l’intégration professionnelle dépend, au moins dans la période immédiate suivant la soutenance, des disciplines. Pour les docteurs issus des sciences humaines et sociales, la situation est moins facile. Beaucoup d’entre eux restent donc à l’université, enchaînant des CDD en attendant de trouver un des rares emplois fixes (réservés, en général, aux professeurs).
Deuxième point : migrer vers le secteur privé vaut pourtant la peine, car ceux qui n’ont pas choisi la voie académique s’en tirent beaucoup mieux. Dix ans après la soutenance, ils étaient bien plus nombreux à avoir obtenu un poste de direction –  et ceci dans toutes les disciplines (cf. graphique). Leurs salaires étaient d’ailleurs nettement supérieurs à ceux des collègues restés à l’université, attendant en vain d’obtenir une chaire de professeur. Le plus grand risque, pourrait-on en conclure, n’est donc pas de quitter le marché du travail universitaire mais d’y rester car seulement un sixième des docteurs parvient à décrocher le poste de professeur tant attendu.
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