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Tenter sa chance aux États-Unis, pourquoi pas ?

Clarisse Faria-Fortecoëf


Depuis l'été 2012, Sophie Dutheil vit à New Haven (État du Connecticut) où elle termine un post-doc en Psychiatrie à Yale University avant de poursuivre en 2016 avec un nouvel emploi au sein d’une entreprise pharmaceutique travaillant sur les troubles mentaux et les maladies neurodégénératives, dans Manhattan (New York).
Dans l’interview qu’elle nous a accordée le 7 décembre 2015, elle nous dit entre autres, les raisons qui l’ont poussé à partir de l’Hexagone et celles qui ont guidé son choix de poursuivre son aventure américaine.


Comment s’est présentée cette opportunité de partir aux États-Unis ?

« Les choses se sont imbriquées tout naturellement ».
Si Sophie Dutheil a apprécié son travail à l’Université d'Aix-Marseille, elle voulait après sa soutenance « découvrir quelque chose d’autre, une autre culture », s’inscrire dans « une perspective d’ouverture » et perfectionner son anglais. Six mois avant de soutenir sa thèse, elle a ainsi envoyé des candidatures spontanées par e-mail en ciblant la côte Est des États-Unis. Sur quatre laboratoires, trois lui ont répondu. Un ne disposant pas de financement et deux lui proposant un entretien sur place en vue d’un post-doc. Son choix se porta sur le laboratoire du Dr. Ron Duman à Yale University, l’autre possibilité étant Columbia University.

La préparation de votre départ ?

« Tout s’est passé très vite. J'ai accepté le poste à Yale fin juin et j'ai acheté un billet d'avion pour arriver à la mi août, car mon contrat d'Attaché Temporaire d'Enseignement et de Recherche (ATER) à Marseille se finissait à cette période-là. Il a alors fallu entamer rapidement les démarches de demande de visa. Les mois de juillet / août furent assez stressants : vendre tous mes meubles, l'électroménager, effectuer toutes les démarches administratives, les bagages à préparer, etc. ».

Et, pour ce qui est du logement ?

« En fait, je m’en suis occupée avant mon départ et j’ai trouvé grâce aux petites annonces locales un appartement meublé à New Haven. Tout ça à partir de la France, via Internet, y compris la signature du bail. Mais la plupart des gens restent à l'hôtel jusqu'à ce qu'ils trouvent un logement qui leur convient ».

Au niveau de la langue, avez-vous rencontré des problèmes ?


« J’ai eu quelques difficultés au début, mais à force de baigner dans ce milieu, cela s’est amélioré au fur et à mesure. Les américains adorent l'accent français ; apparemment ce serait même leur accent préféré ! (rires) ».

Quelques mots sur votre activité actuelle ?


« Dans le cadre de mon post-doc, j'ai travaillé sur les liens entre la dépression et le diabète de type 2. Les patients diabétiques, souvent en surpoids, souffrent plus facilement d’anxiété et sont davantage vulnérables à la dépression. Mon projet de recherche a alors porté sur les effets de la consommation à long terme d’une alimentation trop riche en graisses (6 fois plus élevée que la normale) ; celle-ci engendre à elle seule de l’anxiété et des symptômes dépressifs. J’ai aussi observé d’autres conséquences au niveau cérébral et cette étude ouvre la voie vers l’utilisation de nouveaux traitements à effet très rapide. J'ai beaucoup appris en l'espace de trois ans ».

Pour plus d'informations sur les travaux récents de notre interlocutrice, vous pouvez consulter les articles publiés dans le YaleNews.

Malgré tout l’intérêt de son activité de recherche, les yeux de Sophie sont déjà tournés vers le nouvel emploi qu’elle va démarrer début 2016, dans une entreprise pharmaceutique basée à New York.

« Le contrat est déjà signé, mais reste le problème du transfert de visa ».

Comme elle nous le précise, Sophie est en possession d’un visa J-1 « Professor and Research Scholar ». Ce document permet notamment, à des chercheurs de travailler aux États-Unis, mais seulement dans le cadre du programme pour lequel, il a été obtenu. Sa nouvelle entreprise a donc, engagé des avocats afin d’établir le dossier pour l’obtention d’un visa « nonimmigrant », O-1 « Individuals with Extraordinary Ability or Achievement ».

Pour en savoir plus sur les différents types de visa, voir le site du Bureau d’information aux expatriés : OISS (Office of International Students and Scholars) à Yale.

Vous pensez donc, poursuivre votre carrière aux USA ?

« Oui, mais au départ, après mon post-doc je prévoyais de retourner vivre à Marseille, d'ailleurs avec mon compagnon qui est américain. Je comptais cibler l'industrie pharma ou une biotech, j'avais déjà trouvé où je pouvais postuler et j'avais presque fini de traduire mon CV en français ».

Mais, de manière inattendue, son directeur va lui faire suivre un e-mail qui va être décisif pour la suite.

« Nous avions discuté de ce que je voulais faire l'an prochain et il savait que je voulais me diriger vers l'industrie. Dans l'email, une annonce pour la création d'un poste de chercheur dans une entreprise pharmaceutique à NYC. Sur le coup, j’ai hésité, et j’ai finalement postulé, car on ne sait jamais. Ça a été très angoissant de se préparer pour passer les entretiens (téléphonique et sur place), mais ça a marché ! »
.

Quelles sont les principales différences entre votre expérience en France et celle aux États-Unis ?

« En France, à écouter les chercheurs autour de moi, il me semblait qu’il n’y avait guère d’autres débouchés après la thèse que le monde académique, alors qu’en arrivant ici, j’ai découvert qu’il y a des tonnes d’autres emplois possibles : travailler dans une organisation à but non-lucratif, dans l'industrie pharma ou une biotech, travailler pour les affaires réglementaires, le gouvernement, devenir consultant ou commercial dans des produits pour laboratoires, privilégier l'écriture scientifique, etc. Il existe de nombreuses associations qui s’intéressent et apportent du soutien aux personnes tentées par des postes non-académiques. À Yale, il y a le CNSPY (Career Network for students Scientists and Posdocs at Yale), un réseau dont je fais partie de l'équipe dirigeante. Nous organisons des événements tout au long de l'année et invitons des professionnels pour relater leur expérience, et donner des conseils pour quiconque souhaite suivre leur trace. Si le job que je démarre l'année prochaine était une opportunité que j’ai saisie, cette association m’a permis de clarifier ce que je voulais faire et orienter mon choix ».

Parmi ce qui a décidé Sophie à aller vers l’Industrie Pharmaceutique : travailler dans une équipe aux compétences complémentaires, tous orientés vers un même objectif, et apporter quelque chose de concret, un produit fini qui apporte une aide à une population de patients donnée. Bien qu’elle n’ait pas beaucoup de jours de congés sur l’année en comparaison de la France, 15 jours seulement, Sophie apprécie qu’il y ait « toujours du monde au labo », quel que soit le jour de la semaine, weekend et jours fériés compris.

Quelques mots sur la vie sur place ?

« J’apprécie la vie ici. Je trouve la mentalité plus positive, les gens se réjouissent lorsque quelqu’un réussit quelque chose. Après, il y a ce côté très expansif, très américain, qui me surprend parfois et me fait sourire ».

Quels seraient vos conseils à celles et ceux qui seraient tentés par une expérience de la mobilité ?

« Être expatrié permet de découvrir en profondeur une autre culture, et de se découvrir soi-même davantage à travers ces nouveaux repères. J'encouragerais les doctorants et les docteurs à foncer s'ils se sentent attirés par une telle expérience. Et surtout, veiller à bien choisir les gens avec lesquels ils vont travailler. Privilégier un emploi au sein d’une équipe sympathique, qu'ils seront heureux de côtoyer au quotidien. C’est ce qui a guidé mes choix jusqu'alors ; c’est une dimension très importante pour moi. Dans l’entreprise que je vais rejoindre, je retrouverai cet aspect relationnel, humain, qui m’est cher. Par ailleurs, je dirais que c’est bien aussi de changer de sujet de recherche, de sortir de sa zone de confort ; c’est toujours enrichissant et cela permet de démontrer ses capacités d'adaptation et de flexibilité ».
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