Interactions entre biodiversité végétale et pratiques de pâturage dans des espaces herbacés non dédiés initialement à la production animale en contexte d’aléa climatiqu
| ABG-139599 | Sujet de Thèse | |
| 17/06/2026 | Autre financement public |
- Ecologie, environnement
Description du sujet
Encadrants : Directrice de thèse : Joséphine PITHON (ESA), Co-directeur : Hervé DANIEL (Institut Agro Angers), co-encadrants : Adeline BULOT (Institut Agro Angers) et Gilles MARTEL (Inrae)
Contexte socio-économique et scientifique
1) au contexte scientifique et/ou sociétal ;
La gestion du pâturage est généralement conçue et raisonnée dans des contextes agricoles
d’élevage. Cependant, ce mode de gestion est de plus en plus fréquemment rencontré dans d’autres
situations ne visant pas la production animale comme objectif premier : en contextes urbains et
périurbains (espaces verts, parcs en gestion extensive…), dans des contextes de préservation de milieux
naturels (réserves naturelles, espaces naturels sensibles…), ou encore de cultures pérennes (inter-rangs
en vigne ou en arboriculture). Les gestionnaires de ces Espaces Herbacés Non dédiés Initialement à
l’Elevage (EHNIE) poursuivent des objectifs spécifiques qu’ils cherchent à atteindre grâce au pâturage,
tout en confiant la mise en œuvre à des éleveurs, eux-mêmes soumis à leurs propres contraintes (Buland
et al. 2019). Si les effets des modes de gestion du pâturage sur la diversité et la composition floristique
des prairies permanentes sont bien documentés (Herrero-Jauregui & Oesterheld, 2018, Metera et al.
2010), les pratiques mises en œuvre dans ces espaces peuvent être très différentes (Moinardeau et al.
2020) et pourraient être dépendantes des aléas climatiques. Ainsi, les effets du pâturage sur la
biodiversité dans ces EHNIE sont peu documentés alors même qu’ils constituent un enjeu central, en
particulier dans un contexte où les marges de manoeuvre des éleveurs tendent à se réduire sous l’effet
des aléas climatiques.
Dans le cadre cette thèse, nous proposons d’analyser les interrelations entre les objectifs de gestion,
les pratiques de pâturage et la biodiversité végétale des prairies au sein d’espaces dont la vocation
première n’est pas dédiée à la production animale, et dans lesquels les aléas climatiques sont
susceptibles de conduire les éleveurs et gestionnaires à adapter leurs pratiques.
Des travaux de recherches sont conduits à l’UMR BAGAP, d’une part sur les pratiques d’élevage
(Martel et al., 2020 ; Petit et al. 2017), et d’autre part sur la biodiversité dans les prairies (thèses Arnaud
Cochard 2014-2017 et Clément Gros 2020-2023). Un premier travail de mise en relation de ces
approches a été conduit dans l’unité (programme REHPU, post-doc Cannelle Moinardeau 2020-2021,
avec une collaboration de Plante&Cité). Ce présent projet de thèse s’inscrit dans cette continuité et vise
à approfondir cette approche interdisciplinaire.
2) aux collaborations locale/nationale/internationale ;
Ce projet de thèse s’inscrit dans l’axe 1 (« Multifonctionalité des paysages agricoles diversifiés ») du
projet DIVERCLIM, soumis à la région des Pays de la Loire par Romain Mélot et associant les UMR BAGAP,
ESO et SMART. Cette thèse réalisée au sein de l’unité BAGAP s’intégrera aussi au sein du département
ACT notamment dans l’objectif stratégique 1 Gestion intégrée des liens entre biodiversités, ressources,
et santés.
Références
Charlotte Buland.2019. La diversité de gestion des espaces herbacés en zone urbaine et péri-urbaine d'Angers et
les relations à la biodiversité végétale. Sciences du Vivant [q-bio].
Arnaud Cochard. 2017. Influence des facteurs paysagers sur la flore des habitats herbacés sous influence urbaine
: approches taxonomiques et fonctionnelles. Biodiversité et Ecologie. Agrocampus Ouest. Français.
Herrero‐Jáuregui, C., & Oesterheld, M. (2018). Effects of grazing intensity on plant richness and diversity: A
meta‐analysis. Oikos, 127(6), 757-766
Clément Gros. 2023. Effets du contexte paysager et des pratiques de fauche sur les communautés de plantes et
de rhopalocères des prairies urbaines. Sciences agricoles. Institut national d'enseignement supérieur pour
l'agriculture, l'alimentation et l'environnement. Français.
Martel, G., Buland, C., Beaujouan, V., Moinardeau, C., Bulot, A., & Daniel, H. (2020, December). Espaces
herbacés urbains et périurbains: une diversité de gestion en lien avec la diversité des acteurs impliqués. In
Rencontres autour des Recherches sur les Ruminants
Metera, E., Sakowski, T., Słoniewski, K., & Romanowicz, B. (2010). Grazing as a tool to maintain biodiversity
of grassland-a review
Petit T. 2017. Du territoire aux agriculteurs, approche technique et sociologique du maintien des prairies dans un
contexte d’élevage périurbain de plaine. Enquête auprès d’éleveurs de la partie nord de l’agglomération de Rennes
Petit, T., Martel, G., & Couvreur, S. (2017). Le maintien de la prairie dans les exploitations laitières est
compatible avec le développement urbain: cas de l’agglomération de Rennes. Fourrages, 229, 77-89
Hypothèses et questions scientifiques
Quelles synergies et antagonismes entre biodiversité végétale et pratiques de pâturage dans des
espaces herbacés non dédiés initialement à la production animale en contexte d’aléa climatique ?
Pour traiter cette question la proposition est de répondre à ces sous questions :
Quels sont les objectifs poursuivis par les gestionnaires et les éleveurs pour les 3 types d’EHNIE
retenus dans ce travail (inter rangs de vignes/arboriculture, prairies périurbaines, espaces naturels) ?
Les premiers résultats de Buland (2019) suggèrent que ces objectifs diffèrent selon les contextes.
Comment les pratiques de pâturage s’adaptent aux objectifs des gestionnaires des EHNIE ? Une
hypothèse est que plus l'objectif de conservation de la biodiversité est affirmé, plus les contraintes
portant sur l'intensité instantanée et la répartition de la charge de pâturage sont fortes.
Quels effets ces pratiques de pâturage auront-elles sur la biodiversité végétale (composition et diversité
spécifiques) dans les différents EHNIE ?
Comment les pratiques de pâturage peuvent-elles modifier la dynamique des communautés
végétales des prairies au cours du temps en lien avec la dispersion des graines ?
Dans quelles mesures les aléas climatiques modifient-ils les pratiques de pâturage ? Certains EHNIE
sont-ils davantage mobilisés que d’autres en réponse à ces aléas ? Quelles conséquences potentielles
sur les communautés végétales et la distribution de certaines espèces végétales cibles ?
b) État de l’art scientifique et originalité du projet
En contexte agricole d’élevage, les systèmes prairiaux sont reconnus pour leur contribution possible
à la conservation de la biodiversité dans les paysages (Magnanon et Vertes 2019). De nombreux travaux
ont déjà croisé des approches agronomiques et écologiques pour évaluer l’influence des pratiques
agricoles (conduite du troupeau, fertilisation…) sur la biodiversité des prairies permanentes (notamment
concernant la flore, Gaujour et al. 2012, Waldén et al. 2017) et temporaires (Roche et al. 2010).
L’évolution des pratiques de gestion des milieux prairiaux conduit à l’introduction d’animaux dans de
nombreux espaces prairiaux non dédiés initialement à la production animale, et mobilisant de plus en
plus des pratiques de pâturage, ou même d’éco-pâturage (Eychennes et al. 2020). Les travaux sur la
sécurisation des ressources fourragères face au changement climatique se sont principalement focalisés
sur des changements à l’échelle de la parcelle (itinéraire technique, espèces semées, ...) ou du système
fourrager (durée de pâturage, chargement...) (Graux et al. 2013). Pourtant la mobilisation de nouveaux
espaces est aussi une solution qui peut être mise en œuvre dans cet objectif (Ducourtieux et al. 2023)
et la composition de la végétation de ces prairies mérite alors une analyse incluant l’évaluation de leur
valeur fourragère. Les conséquences de ces mobilisations de nouvelles surfaces sur le fonctionnement
des élevages qui sont encore peu étudiées (Delfosse et Baysse-Lainé 2017). De plus, malgré l’intérêt
grandissant pour les services écosystémiques auxquels peuvent contribuer les prairies (Bengtsson 2019,
Zhao et al. 2020), il n’y a encore que très peu d’évaluations écologiques de ces nouvelles pratiques
(Delfosse et Baysse-Lainé 2017, Lambert et al. 2023). Il serait en effet nécessaire de mieux évaluer les
conséquences de ces activités d’élevage sur la flore de ces prairies, notamment au regard de leur intérêt
patrimonial, mais aussi sur les dynamiques de végétation pouvant être influencées par les dispersions,
par les troupeaux, de graines de plantes souhaitées ou non désirables (Chu et al. 2019, Green et al.
2022).
Il est donc nécessaire de mieux comprendre les caractéristiques de biodiversité dans ces divers
espaces prairiaux, mais aussi leurs relations avec les démarches et logiques d’action de la diversité de gestionnaires : agriculteurs, collectivités, prestataires privés, associations... D’une part les motivations
et objectifs de mise en œuvre de ces pratiques de pâturage peuvent être très variables (favoriser la
biodiversité, réduire les intrants chimiques, rétablir un lien social, diminuer le temps de travail, répondre
à des problèmes d’accessibilité des parcelles par des engins mécaniques...) et méritent une analyse plus
approfondie (Martel et al. 2020), et, d’autre part, leurs effets sur la biodiversité restent très rarement
évalués non seulement en termes de maintien de races anciennes, mais aussi pour les enjeux de
biodiversité notamment ordinaire dans les territoires.
Références :
Bengtsson, J., Bullock, J. M., Egoh, B., Everson, C., Everson, T., O'connor, T., ... & Lindborg, R. (2019).
Grasslands—more important for ecosystem services than you might think. Ecosphere, 10(2), e02582
Delfosse, C., & Baysse-Lainé, A. (2017, November). Les relations complexes entre les métropoles et les villes
moyennes proches dans le domaine de l’alimentation: valorisation du terroir, circuits courts de longue distance et
redéfinition du" local". In Métropoles, villes intermédiaires et espaces ruraux: quelles interactions au service du
développement territorial?
Ducourtieux, C., Boisvert, B., Gautier, D., Sagot, L., & Jousseins, C. (2023). Brebis_Link-Le pâturage ovin pour
une utilisation partagée du territoire du Sud-Ouest de la France. Innovations Agronomiques, 88, 91-104.
Eychenne, C., Bories, O., & Noûs, C. (2020). (Éco) pâturage,(éco) pastoralisme: la gestion de l’espace par les
troupeaux, éléments d’analyse et de compréhension. Carnets de géographes, (14)
Gaujour, E., Amiaud, B., Mignolet, C., & Plantureux, S. (2012). Factors and processes affecting plant
biodiversity in permanent grasslands. A review. Agronomy for sustainable development, 32(1), 133-160
Graux, A. I., Moreau, J. C., Raynal, H., Ruget, F., Carrère, P., Faverdin, P., & Hill, D. R. (2013, March).
Adaptation des systèmes d'élevage bovins au changement climatique: intérêts, limites et perspectives des approches
de modélisation. In Journées AFPF-Le changement climatique: incertitudes et opportunités pour les prairies et les
systèmes fourragers.
Green, S. J., Brookson, C. B., Hardy, N. A., & Crowder, L. B. (2022). Trait-based approaches to global change
ecology: moving from description to prediction. Proceedings of the Royal Society B: Biological Sciences, 289(1971
Lambert, Q., Bischoff, A., Enea, M., & Gros, R. (2023). Photovoltaic power stations: an opportunity to promote
European semi-natural grasslands?. Frontiers in Environmental Science, 11, 1137845
Magnanon, S., & Vertès, F. (2019). Combiner les approches et les expériences pour mieux préserver et utiliser
les prairies à flore naturelle. Fourrages, (237), 15
Roche, B., Lanoé, E., Le Coeur, D., Thenail, C., & Martel, G. (2010, December). Diversité des systèmes de
polyculture élevage et des modes d’exploitation des prairies: quelles conséquences sur la diversité végétale?. In 17.
Rencontres autour des Recherches sur les Ruminants (Vol. 17, p. np). INRA Editions.
Walden, E., Öckinger, E., Winsa, M., & Lindborg, R. (2017). Effects of landscape composition, species pool
and time on grassland specialists in restored semi-natural grasslands. Biological Conservation, 214, 176-183
Zhao, Y., Liu, Z., & Wu, J. (2020). Grassland ecosystem services: a systematic review of research advances and
future directions. Landscape Ecology, 35(4), 793-814
Principales étapes de la thèse et démarche
Un premier travail consistera à identifier les démarches de pâturage dans des espaces non dédiés à
l’élevage initialement. Il s’agira alors d’en connaître les acteurs impliqués et les modalités de ces
collaborations. Cet état des lieux pourra permettre également de compléter la synthèse des
connaissances scientifiques sur ces pratiques par une analyse de la « littérature grise » qui a pu être
produite.
Nous souhaitons ensuite analyser la place que prennent ces espaces dans le fonctionnement des
systèmes de production et les attentes formulées par les gestionnaires des espaces et des animaux, en
analysant l’effet du type d’acteur (agriculteur, collectivité, prestataire privé, association
environnementale) et du type d’espace sur les pratiques de pâturage. En outre nous analyserons le rôle
des aléas climatiques sur l’intérêt des gestionnaires pour ces espaces et ainsi regarder dans quelle mesure l’intégration de la végétation naturelle dans les systèmes d’élevage contribue à allonger les
durées de pâturage, à répondre aux problèmes de sécheresse, à mieux saisonnaliser la conduite de
pâturage des éleveurs pour gagner en autonomie fourragère (systèmes économes). Ces démarches sont
aujourd’hui favorisées par des politiques territoriales (zones humides, vallées alluviales, côteaux
sensibles) à différentes échelles (‘les territoires engagés pour la nature’, sites Natura 2000, les espaces
naturels sensibles…) et les collectivités avec leurs compétences environnementales. Ces politiques
doivent répondre à la problématique de déprise agricole, d’uniformisation des paysages et de la perte
de biodiversité associée.
Ces démarches de gestion seront croisées avec des analyses de biodiversité des prairies. Des analyses
de la végétation de ces prairies seront également conduites dans l’objectif d’évaluer les relations entre
ces pratiques et la diversité floristique des prairies. Nous échantillonnerons des prairies dans des
conditions écologiques similaires (en particulier vis-à-vis du degré d’humidité), pour comparer les effets
des différentes pratiques sur la composition et la diversité spécifiques des communautés végétales des
prairies (richesse spécifique, espèces dominantes, espèces entomophiles…). Une analyse du rôle des
pratiques de gestion sur la dispersion des plantes sera développée en compléments des relevés de
végétation (Klinger et al. 2021). Cette analyse des compositions et dynamiques des communautés
végétales intégrera donc non seulement des variables environnementales locales et paysagères mais
aussi les démarches et objectifs de gestion qui y sont appliquées.
Approches méthodologiques et techniques envisagées
Les pratiques de gestion et les objectifs des gestionnaires seront collectées grâce à des enquêtes
auprès des acteurs. Les adaptations des pratiques face aux aléas climatiques se feront au travers
d’enquêtes compréhensives semi directives.
En écologie, les effets des pratiques de pâturage sur la flore se feront par des relevés de végétation
sur le terrain en couplant des approches en écologie des communautés et en écologie des populations,
par la mobilisation de données floristiques déjà acquises sur du moyen-long terme pour certains sites
ayant mis déjà mis en place des suivis, et par la mobilisation de bases de données existantes. L’étude de
l’effet du pâturage sur la dispersion des graines se fera par une approche expérimentale sur le terrain et
de l’identification des graines au laboratoire.
Prise de fonction :
Nature du financement
Précisions sur le financement
Présentation établissement et labo d'accueil
L'UMR BAGAP
L’unité mixte de recherche BAGAP (« Biodiversité, AGroécologie et Aménagement du Paysage ») associe l’Institut Agro Rennes Angers, l’École supérieure d'agricultures (ESA) d’Angers et l'Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement (INRAE). Elle est localisée sur les deux régions Bretagne et Pays de la Loire.
L’enjeu de l’UMR BAGAP est de favoriser la biodiversité et la multifonctionnalité qu’elle soutient au sein des paysages en développant des recherches interdisciplinaires. Les travaux de l’UMR considèrent autant la biodiversité spontanée ou sauvage que la biodiversité cultivée, et les fonctions écologiques clés qu’elle soutient et dont dépendent les services de régulation (régulation des bioagresseurs de culture, pollinisation), d’approvisionnement (production agricole, production de bois par les haies…) et culturels (conservation de la biodiversité, préservation du bocage). Les recherches de l’unité intègrent de façon explicite la contribution et complémentarité des différents éléments paysagers, qu’ils soient semi-naturels (ex. haies ou espaces verts en ville) ou cultivés, au maintien de la biodiversité et à la multifonctionnalité associée, en considérant ces éléments comme construits et/ou gérés par les activités agricoles ou urbaines à différentes échelles.
Ecole doctorale
Profil du candidat
- Connaissances écologie des communautés ou populations végétales
- Connaissances souhaitées en zootechnie système
- Pratiques souhaitées d’entretien semi-directifs
- Méthodes d’analyse de végétation et flore prairiale
- Bibliographie, rédaction, analyses de données
- Maitrise de l’anglais
- Travail de terrain
- Connaissances de base en SIG souhaitées
- Permis de conduire
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