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Richard Monni, Conseil en Propriété Industrielle, Mandataire Européen chez LLR : « Parfois je me dis que je fais de la recherche mais je n’ai pas de paillasse »

Richard Monni, docteur en génétique humaine, puis conseil en proptiété intellectuelle & mandataire européen chez LLR, raconte à l'ABG danc cet entretien, sa découverte du métier d'ingénieur brevet, avant de donner une série de conseils aux doctorants et docteurs désireux de quitter "l'univers de la paillasse".

Itw Richard MONNI ABG

Comment en êtes vous arrivé au métier de conseil en propriété industrielle ?

Après avoir obtenu le grade de docteur en génétique humaine, j’ai effectué un post doc de 5 ans à l’institut Curie. Je n’avais qu’une seule publication, ce qui n’était pas assez pour espérer un poste en recherche publique, et je ne souhaitais ni prolonger en tant que post doc ni partir à l’étranger. Je me suis demandé ce que je pouvais bien faire. Je me suis alors tourné vers l’industrie. Malgré un profil correspondant à certains postes proposés, je n’ai reçu que des réponses négatives car je n’étais pas « un produit » de l’industrie justement. Par chance, dans mon réseau personnel, je connaissais des conseils en propriété industrielle juristes qui m’ont dit : « Pourquoi tu ne lancerais pas dans le métier d’ingénieur brevet ? ». J’ai répondu : « OK pourquoi pas, mais c’est quoi un ingénieur brevet ? ».

Quels ont été vos premiers pas dans ce secteur ?

Les personnes de mon réseau m’ont informé qu’une place pour un débutant se libérait dans un cabinet de conseil en propriété industrielle. Lorsque je suis allé à l’entretien d’embauche, je ne savais pas ce qu’était un brevet mais j’étais curieux de découvrir ce métier et on m’a proposé un CDD.

Ma première semaine a été difficile mais les personnes qui m’ont embauché, ainsi que mes collègues, ont répondu à toutes mes questions, qui étaient forcément très nombreuses.
Ma mission était d’étudier et de répondre à des rapports de recherche et les avis sur la brevetabilité qui les accompagnent.

C’est un exercice particulier lorsque l’on débute car il faut trouver le jargon juridique approprié afin de prouver à l’examinateur que son opinion est erronée et que l’invention est brevetable. Mais on doit aussi trouver des documents scientifiques et techniques et des publications pour appuyer la démonstration. Les débutants commencent généralement par cette tâche. Cela leur permet d’apprendre à articuler une argumentation.

Puis, progressivement, je me suis mis à rédiger des demandes de brevets et surtout des revendications, à effectuer des recherches de documents pour déterminer si une invention est brevetable, et donner des consultations sur la liberté d’exploitation des clients dont je m’occupais, puis à assister des avocats dans le cadre de procès en contrefaçon de brevets. Je suis resté 5 ans en poste dans ce cabinet.


Et actuellement ?

J’occupe depuis 2 ans un poste de conseil en propriété industrielle, mandataire agréé auprès de l’Office européen des brevets au sein du cabinet LLR à Paris. Je suis en charge des dossiers relatifs aux inventions du domaine de la biologie, des biotechnologies, pour des institutions, des industries dans les domaines de l’agroalimentaire, de la pharmacie et des cosmétiques.

Je ne m’imagine plus quitter le domaine de la propriété industrielle. C’est un métier extraordinaire ! Vous avez une connaissance des avancées techniques avant tout le monde, vous avez une formation continue de par vos liens avec le monde de la recherche et en bonus, on vous paie pour le faire.   


Quels sont, selon vous, les éléments qui rendent ce métier particulièrement intéressant lorsque l’on est docteur ?

  • D’abord les discussions scientifiques avec les inventeurs.
Même si l’on a quitté le laboratoire, on peut discuter avec les inventeurs en utilisant leurs propres termes, et cela est très gratifiant. On redevient une personne de référence grâce à cette connaissance. Il m’est même arrivé de faire des suggestions au chercheur sur son invention. En fait, parfois, je me dis que je fais de la recherche mais je n’ai pas de paillasse. On devient force de proposition pour l’inventeur qui est content d’avoir un regard neuf et extérieur sur ce qu’il fait car il n’a plus le recul nécessaire.

Quand je n’avais pas une connaissance approfondie du droit des brevets à mes débuts et que je ne comprenais pas le pourquoi des délais à respecter, mes connaissances scientifiques m’ont permis de survivre jusqu’à ce que je comprenne ce que je faisais en termes juridiques. Cela apporte du sexy au métier de biologiste : « Comment je peux faire breveter cette invention ? »
 
  • En suite la volonté de défendre les dossiers coûte que coûte.
Un aspect de la profession est l’acquisition des droits, c’est à dire tout faire pour notre client obtienne la délivrance d’un brevet.

Je suis donc amené à défendre les inventions des mes clients. Cette capacité à défendre ce en quoi on croit et à argumenter, je l’ai acquise au cours du doctorat.

L’INPI (Institut National de la Propriété Industrielle) en France, l’OEB (Office européen de brevets) et les différents Offices étrangers jugent de la brevetabilité ou non d’une invention.

Je dois donc répondre aux objections émises, parfois à l’appui de documents dont on ne connaissait pas l ‘existence et qui sont très pertinents. Si ma réponse n’est pas convaincante et complète, la demande de brevet risque d’être rejetée. Il faut parfois sauver l’insauvable, mais j’adore sauver les cas perdus.
 
  • Et enfin la défense des droits,
- soit par ce que notre client est considéré comme contrefacteur par un titulaire de brevet : il faudra alors se battre pour démontrer que le brevet du titulaire n’est pas valide, ou que notre client soit ne peut être importuné car son activité entre dans les exclusions légales, ou que son activité ne reproduit pas le périmètre de protection conféré par le brevet,
- soit parce qu’un tiers est en train de contrefaire son brevet : il faut alors démontrer que ce tiers reproduit directement ou indirectement le brevet invoqué.

Quand on est curieux et qu’on a la volonté de défendre ses dossiers, c’est un point passionnant. On ne développe jamais les mêmes arguments et globalement on ne fait jamais la même chose.  Chaque dossier est unique.


Que conseilleriez-vous aux jeunes qui s’interrogent sur ce métier ? Quelles qualités vous semblent indispensables ?
 
  • De la rigueur, de la rigueur et encore de la rigueur !
Le métier impose de respecter des délais légaux, mais aussi imposés par nos clients.  C’est un des aspects les plus stressants du métier.

Je ne me suis jamais permis de rater un délai sans avoir d’instructions claires de mon client, après lui avoir indiqué quels étaient les conséquences et remèdes possibles de ce non respect. Je pense que si je le faisais, je ne pourrais pas fermer l’œil de la nuit en pensant aux conséquences pour l’entreprise qui a investi des millions ou à l’inventeur qui a mis tous ses espoirs et ses années de travail dans l’aboutissement de ce brevet par exemple.
 
  • De l’organisation :
Il faut toujours s’organiser en fonction des délais prévisibles mais il y a également une grande part d’inconnu dans ce métier.

Il faut être capable de gérer les imprévus comme traiter les urgences alors que cela n’était pas pensé sur le planning, par exemple un client qui doit absolument déposer un brevet dans un délai très court pour protéger son invention qui risque d’être dévoilée, ...

L’imprévu est en fait notre lot quotidien.

C’est stressant mais en même temps grisant. Parfois lorsque je suis pris dans des tâches plus routinières, je me prends à espérer que des urgences arrivent avec leurs défis à relever.
 
  • De la curiosité.
Il faut s’intéresser à des domaines très différents. Il est très rare de travailler sur un dossier qui est proche de notre sujet de thèse. Une ouverture d’esprit et indispensable. Personnellement j’ai acquis des tas de connaissance dans des domaines de la biologie qui n’étaient pas mes domaines de prédilection, et je ne regrette pas.
 
  • De l’assurance et de la retenue.
Il ne faut pas être trop timide, aimer le contact humain et faire preuve d’un certain relationnel pour parler avec les inventeurs et les clients.  Mais il faut aussi se rappeler que bien que scientifiques, nous ne sommes pas les inventeurs. Le jeu est de montrer que l’on dispose de grandes connaissances techniques, sans se présenter comme un chercheur, ce qui n’est plus le cas.
 
  • Une bonne pratique de l’anglais, et notamment de l’anglais juridique, qui est la langue internationale de référence.
Il est indispensable de savoir rédiger une argumentation complexe en anglais en termes clairs pour nos confrères étrangers. Ces derniers devront être capables de répondre à des objections sur la base de nos commentaires et arguments, sans que l’information et la pertinence des arguments ne soient perdues.

Une bonne maitrise de l’allemand peut s’avérer également indispensable lorsque l’on travaille avec les industries dans le domaine de la mécanique et parfois de la chimie.

 
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